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ENTREVUE #4 : BENOiT BIANCIOTTO, un atelier de biodiversité cultivée en moyenne montagne

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ENTREVUE #4 : BENOiT BIANCIOTTO, un atelier de biodiversité cultivée en moyenne montagne

Bonjour Benoit, pourriez-vous vous présenter ?

Depuis ma petite enfance, j'ai toujours vécu dans un jardin, ou à la ferme. J’ai grandi dans une petite ville de campagne, en Auvergne, et je passais le plus clair de mes vacances chez mes grands parents au cœur du Massif Central. J'en suis venu à suivre des études d'architecte paysagiste. Cela m'a mené jusqu'en Chine, sur le Plateau de Loess, une région fortement impactée par des millénaires d'érosion d'origine anthropique.

Paradoxalement, je me suis retrouvé devant un ordinateur dans un bureau 90 % de mon temps

Par la suite, j’ai exercé cette profession pendant une dizaine d'années dans le domaine de l'urbanisme environnemental et l'éco-construction. Paradoxalement, je me suis retrouvé devant un ordinateur dans un bureau 90 % de mon temps, ou sur des chantiers boueux peuplés de pelleteuses et de banches à béton à devoir gérer des manigances politiques qui ne me concernaient pas ! Les arbres et les rapports humains plus simples me manquaient beaucoup.

J’ai sûrement nourri dans ce parcours professionnel dichotomique une grande incompréhension du mode de vie « urbain » au sens large du terme Et sans doute, un profond déphasage vis à vis de la société humaine. Quoiqu’il en soit, la dimension végétale du monde m’a toujours beaucoup plus parlée, et en un sens elle m’a aidé à mieux comprendre l’être humain.

L'idée d'un "atelier d'écologie paysanne appliquée" a germée durant l'été 2013, lorsque, suite à la réalisation du film "La voix du Vent",  je recherchais un moyen de mettre en pratique mon expérience d'architecte paysagiste dans une forme à la fois rurale, concrète et directe d'action, au quotidien.

Vous avez donc changé de profession ? Quel a été votre parcours ?

Après quelques temps d’hésitation, j’ai finalement pris le courage de quitter mon emploi et de me lancer à l’aventure. Je me suis formé sur le terrain pendant 1 an, en donnant la main sur différents lieux agricoles. Dans ce but j’ai également participé à un cycle de formation à l’installation dispensé par les Adéars.

Les questions de semences paysannes ont rapidement rencontrées mon attrait pour les gourmandises végétales (cueillettes sauvages, ethno-botanique, cuisine légumière, salades sauvages, etc.) et la notion de bio-diversité cultivée s'est imposée au cœur de ma démarche.

la permaculture m’a, quant à elle, permis de reconnecter l’ensemble des connaissances éparses que j’avais acquises

L'approche éthique et généraliste de la permaculture m'a, quant à elle, permis de reconnecter l'ensemble des connaissances éparses que j'avais acquises (botanique, agronomie, pédologie, éco-construction, etc.) en une démarche globale.

J’ai créé mon activité en mars 2014 sur un bout de jardin de la ferme de mon grand-père dans l’Aveyron : j’ai semé des graines que j’avais collecté en route et construit une petite serre de 15 m² en bois. J’ai commencé à vendre sur les marchés et dans les foires au plantes locales pour me faire connaître. Finalement, grâce à une première année très pluvieuse, j'ai bénéficié d'une récolte et d'un relatif succès commercial comparé à celui d'un maraîcher en début d'activité.

Depuis, j’ai récolté de nombreuses graines potagères, que je vends en sachets aux jardiniers des environs. C’est un marché extrêmement localisé mais qui a sa niche, et il y a (relativement pour la région) beaucoup de demande ! Je les diffuse également au travers de plusieurs magasins de producteurs.

Vous diffusez donc vos connaissances et votre vision de la nature ?

Oui, c’est une notion qui va de pair avec ma pratique au quotidien. Je participe à la transmission de mes savoirs-faire et de mes connaissances au cours d’ateliers de formation dans différentes associations locales. Enfin, je propose en complément des prestations d'accompagnement à la conception de jardins, de domaines agricoles ou de lieux de vie.

Quelle est votre prochaine étape ?

L'exemple de la Nature m'apprends à mettre en œuvre des systèmes complexes, de toutes sortes, cela m’attire vers les sujets pluridisciplinaires. En contrepartie, j’ai du mal à m’imaginer rentrer dans une routine intellectuelle ou un sujet répétitif.

Cela n’emmène vers différents domaines avec le même intérêt : la conception paysagère, l’écologie (c’est-à-dire la connaissance d’un écosystème dans sa dimension naturaliste et dans la gestion d’un territoire), la production audio-visuelle, l’édition d’articles de presse, la conception de sites web, le graphisme, les sciences humaines. 

L’exemple de la Nature m’apprends à mettre en œuvre des systèmes complexes, de toutes sortes, cela m’attire vers les sujets pluridisciplinaires.

Et puis, j’ai commencé à me former à la médecine chinoise et au massage thérapeutique. En fait, il s’agit d’un vieux rêve qui m’avait toujours paru hors d’atteinte, tant pour des raisons d’éducation que de contexte familial. Ce qui est étrange c’est que depuis que je me suis engagé dans cette voie, à la fois ma démarche me semble plus cohérente et correspond à une part plus profonde ma personnalité, et pour autant elle m’oblige à rompre avec mes habitudes et à la petite stabilité que je croyais avoir atteint. C’est normal mais un peu déroutant. 

Pour en savoir + pepinieredescarlines.com